Quelle place laissons-nous à nos valeurs, notre philosophie, notre vision, nos convictions, nos histoires de vie, face à la déferlante de l’IA (AI intelligence artificielle) ? C’est étrange comme notre monde parfois décide de laisser derrière lui l’essentiel : l’humain, ses émotions, ses fragilités et ses forces. Je vous partage une réflexion intime, qui n’engage que moi, sur notre rapport à l’IA, à la machine et le lien avec notre communication de marque.

Il y a quelques semaines, j’ai relu un témoignage que m’avait écrit une cliente il y a quelques temps. Quelques mots numériques expliquant comment elle a vécu notre collaboration :
« Alexis allie professionnalisme, créativité et une vraie écoute. Il comprend très vite les enjeux de son client, pose les bonnes questions, propose des idées justes et originales, tout en restant dans un dialogue constructif et fluide. Au-delà de ses compétences techniques et de son œil graphique affûté, c’est sa personnalité profondément humaine qui m’a marquée. Il s’est très vite imposé comme un véritable partenaire, impliqué, réactif et toujours de bon conseil. Travailler avec lui, c’est un peu comme intégrer un nouveau membre à son équipe, en toute confiance.
Je suis ravie du résultat et de notre collaboration, et je ne peux que recommander Alexis à toute personne ou entreprise en quête d’un accompagnement sur-mesure, créatif et efficace. » Sophie Bozic, dirigeante Enjeux
Des mots forts, touchants, en phase avec notre ADN et nos convictions profondes. Quand je relis ces mots, à l’heure où ChatGPT, Claude, Gemini et leurs cousins IA génératives, génèrent en quelques secondes ce qui me prenait autrefois plusieurs jours. À l’heure où l’on peut produire un manifeste de marque entre deux cafés. Où n’importe qui peut « écrire comme un pro » en tapant un prompt bien construit.
Et je me pose cette question, très simple, presque enfantine : dans ce monde où tout devient rapide, lisse et reproductible, qu’est-ce qui restera précieux ?
La réponse, je crois, est inscrite dans ces quelques mots de ma cliente. Ce qui restera précieux, c’est ce qu’aucune machine ne saura jamais imiter vraiment : une présence. Quelqu’un, derrière les mots, qui a pris le temps d’écouter. Qui a regardé l’autre. Qui s’est laissé toucher par l’émotion de la vie. C’est à ce moment précis que le silence devient précieux.
Je passe beaucoup de temps sur LinkedIn, comme la plupart d’entre vous. Et je remarque une chose étrange : plus les posts deviennent techniquement excellents, moins ils me touchent.
Des accroches calibrées. Des emojis stratégiquement placés. Des storytellings reproductibles à l’infini. Des tournures qui sonnent toutes pareil. Et ce sentiment, à la fin du scroll, d’avoir lu beaucoup, mais d’avoir rencontré personne.
Ce n’est pas la faute de l’IA. L’IA n’invente pas ce phénomène — elle l’amplifie. Elle révèle quelque chose qui couvait déjà : une standardisation du langage professionnel, où chacun emprunte les mêmes formules, les mêmes structures, les mêmes promesses creuses.
On lit qu’une entreprise est « innovante, agile, orientée client ». On lit qu’une autre est « innovante, agile, orientée client ». Et une troisième. Et tout finit par se ressembler. À tel point qu’on ne sait même plus de quelle marque il s’agit quand on cache le logo.
Quand tout le monde parle pareil, celui qui parle vrai devient inoubliable.
Voilà, je crois, ce qui se joue à l’ère de l’IA. Pas une bataille entre l’homme et la machine. Plutôt un redéploiement de la valeur : ce qui était rare hier (produire vite, bien, beaucoup) devient banal. Et ce qui était banal hier — la présence, la sincérité, le grain de voix, l’émotion — redevient rare. Donc précieux.
J’ai plus de 50 ans. Trente dans la communication d’entreprise. Vingt à la tête de cette agence à Beaufort-en-Anjou. J’ai vu passer le minitel, le fax, le CTP, l’arrivée du web, l’explosion des réseaux sociaux. Chaque révolution a déclenché les mêmes peurs, les mêmes promesses, les mêmes excès. Et chaque fois, j’ai constaté la même chose : les outils changent, mais la matière humaine reste la même.
Voici, à mes yeux, ce que les machines — aussi puissantes soient-elles — ne sauront jamais nous prendre vraiment.
Quand j’interviewe un.e dirigeant.e, je vois parfois sa voix se voiler trois secondes en évoquant son père. Je vois ses mains qui s’arrêtent quand il raconte un licenciement difficile. Je vois ses yeux qui s’allument quand il parle de son histoire de famille, une entreprise construite, depuis plusieurs générations.
Ces signaux ne sont pas dans les datas. Ils sont dans le réel, dans la pièce, dans l’instant. Et c’est précisément à partir d’eux que je sais quoi écrire ensuite. Une émotion réelle, même maladroite, touche plus qu’un texte parfait mais désincarné. C’est ce qui rend une vidéo amateur d’un agriculteur plus virale qu’une campagne TV à 200 000 euros.
Il y a des choses qu’on sait sans pouvoir les justifier. Le sociologue Dominique Desjeux — qui se trouve être mon père, et à qui je dois beaucoup de ma méthode — appelle cela le regard ethnographique. C’est cette capacité à percevoir, dans une entreprise, ce qui ne se dit pas. Les contradictions entre la charte affichée et les habitudes réelles. Les fiertés cachées. Les tensions sourdes.
Aucun algorithme ne perçoit cela. Pas parce qu’il est limité techniquement, mais parce que ces signaux n’existent qu’au moment où ils sont vécus, par quelqu’un qui est là, présent, attentif.

Quand un consultant écrit « il faut savoir échouer pour grandir », c’est une phrase. Quand quelqu’un qui a déposé le bilan il y a quinze ans écrit la même phrase, c’est une vérité. Les mêmes mots, mais pas le même poids.
C’est ce que les marques oublient parfois. Une communication n’est pas une succession de bonnes formules. C’est l’expression d’un vécu, d’un trajet, d’une cohérence dans la durée. L’IA peut reproduire la forme. Elle ne peut pas vivre à votre place.
On nous a appris à cacher nos failles. À polir nos discours. À toujours présenter nos entreprises sous leur meilleur jour. Et pourtant, dans toutes les interviews que je mène — vraiment toutes — ce sont les moments de doute, de remise en question, d’humilité, qui rendent les marques attachantes.
Une marque qui ose dire « nous avons mis cinq ans à comprendre que nous nous trompions de cible » crée infiniment plus de confiance qu’une marque qui ne raconte que ses succès. La vulnérabilité, bien dosée, est probablement le levier de confiance le plus puissant que je connaisse. Et c’est un terrain où l’IA ne peut pas aller — parce que la vulnérabilité, par définition, exige un sujet qui ose l’exprimer et qui l’a vécue.
L’IA produit. Beaucoup. Vite. Sur tous les tons. Mais elle ne sait pas trancher pour vous. Elle ne sait pas dire : « non, ce message ne vous ressemble pas », ou « là, vous prenez un risque éthique », ou encore « cette accroche fonctionne, mais elle vous trahit ». Le jugement est une compétence du conseil, pas de la production. Et c’est probablement ce qui sépare durablement un partenaire stratégique d’un simple générateur de contenu.
Une marque mémorable ne se fabrique pas en six semaines. Elle se construit dans une relation longue entre des humains qui se font confiance, qui se contredisent parfois, qui apprennent l’un de l’autre. C’est ce qui me manque le plus dans les approches « tout IA » : la dimension du lien. La durée. La fidélité dans les deux sens.
Mes clients les plus précieux sont ceux que j’accompagne depuis 10, 15, 20 ans. Pas parce que je leur ai vendu un abonnement, mais parce qu’au fil du temps, on a construit quelque chose qui ressemble à une amitié de travail. C’est cette matière-là, accumulée année après année, qui rend une stratégie de marque profondément juste.

Je tiens à le dire clairement, parce qu’il serait trop facile de me ranger dans le camp des nostalgiques.
J’utilise l’IA quotidiennement. Pour structurer mes idées. Pour défricher des sujets que je connais mal. Pour traduire des contenus. Pour préparer des trames d’interview. Pour optimiser le référencement de mes pages. Pour me faire gagner — soyons précis — entre 30 et 40 % de temps sur certaines tâches récurrentes.
Je forme aussi mes clients à ces outils. Je les aide à les intégrer dans leurs processus de manière saine. Je ne suis pas du tout en opposition avec la technologie. Je suis en opposition avec l’inversion de l’ordre.
L’IA est un magnifique assistant. Pas un substitut. La nuance est mince, mais elle change tout. Cette article a été écrit avec l’IA mais d’abord avec mes convictions, mes valeurs, mon ADN, ma vision en phase avec mon manifeste de marque et notre plateforme de marque, pas l’inverse.
Pensez à un grand cuisinier. Il a aujourd’hui accès à des outils incroyables : robots, machines sous vide, sondes connectées, applications qui calculent les cuissons. Tous ces outils lui font gagner du temps et de la précision. Mais aucun ne remplace son palais, son histoire, son intuition du produit, la rencontre avec le maraîcher qui lui apporte ses légumes le mardi matin.
La machine sert le cuisinier. Jamais l’inverse.
L’IA fait gagner du temps. Nous, on apporte le supplément d’âme.
Voici ce que j’observe, depuis un an environ, chez les dirigeants que je rencontre : un retour à l’essentiel. Un peu comme si, après l’euphorie de l’IA générative, beaucoup réalisaient qu’on ne peut pas bâtir une marque mémorable sur des contenus interchangeables.
La communication de demain, telle que je l’imagine, aura trois caractéristiques.
Consciente de ce qu’elle utilise comme outil, et pourquoi. Capable de dire : « ici, l’IA m’aide à structurer, et c’est très bien. Là, je rédige moi-même, parce qu’il y a une intention humaine que je veux préserver. » Le contraire de l’automatisation aveugle.
Qui assume une voix singulière, un point de vue, des contradictions, des préférences. Qui ne cherche pas à plaire à tout le monde, parce qu’elle a compris que vouloir plaire à tous, c’est ne marquer personne. Qui ose le « je », ou le « nous », mais jamais le « on » impersonnel des chartes corporate.
Qui s’appuie sur ce qui se passe vraiment dans l’entreprise. Sur les vraies histoires des équipes. Sur les vrais retours des clients. Sur les vraies convictions des dirigeants. Pas sur des éléments de langage construits par une machine, aussi puissante soit-elle.
Cette communication-là demande plus de travail, plus de courage, plus de présence. Elle prend plus de temps. Elle coûte parfois plus cher. Mais elle dure dix ans là où la com’ générée par IA se périme quelques clics.
C’est une économie de l’attention humaine : dans un monde où l’attention est rare et chère, la marque qui sait toucher juste, fût-ce avec moins de contenus, gagnera toujours sur celle qui inonde le marché de textes lisses.
Je termine cet article en pensant à ce client qui m’avait écrit en 2006. À ce simple mail qui disait : « Vous, vous m’avez écouté. »
Plus de 20 ans plus tard, je n’ai pas changé de méthode. Je rencontre, j’interviewe, j’écoute, je décode. Avec un carnet, un enregistreur, et beaucoup de silence. Avec l’IA en aide précieuse pour structurer, accélérer, décliner — jamais pour remplacer l’étape d’écoute.
Si vous lisez ces lignes, vous êtes peut-être dircom, dirigeant·e, indépendant·e, formateur·rice. Vous portez sans doute la responsabilité d’incarner une marque, ou de communiquer pour un projet auquel vous tenez.
Je voudrais simplement vous dire ceci : dans un monde saturé de contenus générés, votre humanité n’est pas un handicap. C’est votre avantage le plus puissant.
Votre voix singulière. Vos hésitations. Vos convictions. Vos colères justes. Vos histoires de vie. Vos failles assumées. Tout ce que vous croyez devoir lisser pour « faire pro » — c’est précisément ce qui vous rendra mémorable.
Alors n’attendez pas une autorisation. Écrivez plus simplement. Plus vrai. Plus vous. Utilisez l’IA pour vous aider, jamais pour vous remplacer. Et faites confiance à cette vieille intuition qu’aucune machine ne pourra jamais imiter vraiment : ce sont les humains qui touchent les humains.
Le reste n’est que de la mise en forme.
Alexis Desjeux
Fondateur de Desjeux Créations — Beaufort-en-Anjou
Si cette réflexion résonne avec vos questionnements actuels, je serai heureux d’en discuter avec vous autour d’un café. Découvrez notre manifeste de marque ou écrivez-moi simplement. Je réponds personnellement à chaque message.

Non. Elle va remplacer une partie des tâches d’exécution (rédaction de premiers jets, déclinaisons, mises en forme, traductions). Mais elle ne remplacera pas le travail d’écoute, de discernement, de stratégie et de relation qui fonde une marque mémorable. Les agences qui survivront sont celles qui se recentreront sur cette valeur ajoutée humaine — pas celles qui se contenteront de revendre de la production automatisée.
En respectant un ordre simple : commencez toujours par votre matière humaine (vos intentions, vos histoires, vos convictions), et utilisez l’IA en aval pour structurer, reformuler ou décliner. L’IA ne doit jamais être la source de votre voix. Toujours son amplificateur. Si vous commencez par lui demander « écris-moi un post sur X », vous obtiendrez un post générique. Si vous lui donnez vos notes brutes en lui demandant de les structurer en gardant votre ton, vous obtenez quelque chose de vous.
Trois choses, à mon sens. Une voix singulière (qui assume un point de vue, des préférences, des contradictions). Une matière vécue (des histoires réelles, pas des concepts abstraits). Et une cohérence dans le temps (les marques mémorables sont celles qui tiennent leur voix sur dix ans, pas celles qui changent de ton à chaque trend). Sans ces trois piliers, même la plus belle stratégie reste hors-sol.
Si, totalement. C’est même devenu un mot suspect. Quand une marque déclare qu’elle est « authentique », c’est souvent qu’elle ne l’est plus. L’authenticité ne se déclare pas, elle se ressent. Elle se mesure aux écarts entre le discours et la réalité observable. Une marque authentique est une marque dont le terrain confirme la promesse — pas une marque qui répète le mot dans ses slogans.
Pas du tout. C’est même le contraire : plus vous serez à l’aise avec l’IA, plus vous pourrez l’utiliser intelligemment au service de votre voix humaine. La maîtriser, c’est ne pas la subir. Et c’est aussi pouvoir reprendre la main quand il faut. Les communicants qui s’en sortiront dans les prochaines années sont ceux qui sauront naviguer entre les deux registres — pas ceux qui se réfugient dans un camp ou dans l’autre. Notre formation au GEO pour booster la visibilité de votre site sur les IA génératives pourrait vous intéresser ?
Par une chose simple : retournez à la source. Interviewez trois personnes clés de votre entreprise (un dirigeant, un membre des équipes, un client fidèle). Pas pour leur faire valider un brief, mais pour les écouter raconter ce qui les anime vraiment. Enregistrez. Réécoutez. Notez les mots qu’ils utilisent — pas ceux que vous auriez voulu qu’ils utilisent. Vous y trouverez plus de matière pour une année de communication que dans dix briefs stratégiques.